Il est incroyable de constater à quel point le marketing fait avaler n’importe quoi aux consommateurs. Avaler, c’est bien le mot, puisque je voulais évoquer un produit alimentaire. Mais c’eût été le même constat avec une lessive ou une chaise de jardin. Cela dit, bien plus difficiles à avaler sans doute. Samedi j’ai accompagné X acheter son café-trop-cher à la boutique Nespresso près de l’Opéra ; j’ai trouvé ça grandiose et ridicule, tout ce déploiement de luxe juste pour vendre du café. Du café, quoi !
Lorsqu’on arrive, on a l’impression qu’on va s’acheter de l’héroïne, une pute de luxe, du caviar ou des diamants ; en tout cas un truc super précieux. Tout d’abord, la devanture : un subtil mélange de teintes très étudié, une palette stylisée aux couleurs du dernier café en série limité. Là, c’était le mauve. Déjà c’est à peine si on n’a pas un défilé de mode en devanture. Ensuite, on entre dans le « palais du café ». Une hôtesse d’accueil, qui a réellement l’air de se faire chier à mourir mais fait semblant de se sentir concernée (à moins qu’à force, elle ait fini par le ressentir en vrai, la conscience pro que voulez-vous) vous dit bonjour de la même façon que quand on va acheter des perles place Vendôme. Avec un petit regard compatissant genre « putain… quel bande de cons d’acheter du café aussi cher... mais soyez sans crainte, on va vous traiter comme des rois… (au royaume des aveugles d’ailleurs…) ». La boutique Nespresso est une boutique de la place Vendôme pour personnes ayant besoin de se sentir souveraine au royaume des beaufs. Plus précisément, pour personnes ayant besoin de se prouver qu’elles existent en tant qu’individus, non pas fins ou distingués, mais juste avec du fric. Une vraie enseigne de frustrées de la distinction quand on y pense. Exemple : je suis riche donc j’achète du café pour riche, faut pas déconner quand même.
Mais bon tout y est conçu pour flatter le frustré dans la prétention qu’il a à se sentir au-dessus de la mêlée. Je suis donc entrée et là, l’hôtesse d’accueil du palais du café m’indique où faire la queue. Comme au Mc Donald’s. Et oui… ça reste tout de même, malgré leurs grands airs à la con, très proche d’un fast-food. Je fais donc la queue avec un public disparate de connasses à gourmettes en tout genre et d’homos compliqués au regard stérile et mou. Autour de moi, c’est la cohue : comme au Mc Do (qu’on le veuille ou non) des gens de couleurs se dépêchent de ranger des cartons de lots de dosettes de café-trop-cher- dans les petits boxes derrières les vendeurs encravâtés, choisis pour leur physique mais aussi parce qu’ils sont blancs. Toute cette petite agitation me fait bien rire sur le moment et je pense à ces petites vendeuses et ces petits encravâtés sentencieux (genre « je suis spécialiste es café et je puis vous dire, madame, que cette saveur est beaucoup plus corsée que celle-là, sans nul doute »), je pense à eux donc, pour qui tout ce manège aporétique est sans doute devenu, non pas la chose la plus importante de leur vie, mais leur vie tout court. Force est de constater qu’ils y croient à mort d’ailleurs.
Autour de moi disais-je, l’agitation conne. Et les énormes portraits propagandistes de George Clooney en noir et blanc, à la Clark Gable, savourant son café-trop-cher, l’air de dire « moi qui suis le roi du pétrole, il était sans doute impensable que je ne boive pas du café-trop-cher, voyons ; mesdames, à vos chéquiers ». Arrivant au comptoir (enfin… pas si rapide que ça le fast-food finalement), j’assiste au choix alambiqué de X entre deux saveurs, écoutant la sentence merveilleuse de la « spécialiste du café en formation » (tel qu’indiqué sur son badge). J’espère secrètement dans mon cœur que tous ses efforts en matière d’érudition caféinée et de logistique dans l’art d’enculer les gens porteront ses fruits et qu’elle sera confirmée. Et c’est là que je vois X sortir sa « carte de membre » du « club Nespresso ». Là, j’ai envie de dire que c’en est peut-être trop pour moi. Mais non, je persiste à trouver cela comique comme il se doit : maintenant pour acheter son café, il faut être membre d’un club. Attention, ne rigolez pas. Acheter du café-trop-cher dans des emballages colorés dont la valeur marchande de l’aluminium fait majorer le prix est tellement con qu’il vaut mieux avoir sa carte de membre, histoire de se reconnaître entre fidèles. C’est la secte bienheureuse du pseudo luxe.
J’aime aussi la façon dont X se laisse remettre à sa place à propos de la saveur du café à l’emballage vert sombre. Genre grosse erreur capitale, vous avez tout faux: « Mais pas du tout voyons, le café Longo et le café Intenso, ça n’a rien à voir » (avec le visage décomposé du savant en recherche atomique qui s’est trompé de rampe de lancement). Comique au dernier degré, la « spécialiste du café en formation » nous tend finalement un gigantesque sac cartonné avec des poignets genre développement durable de ta race. Couleurs sobres, typographie parfaite, résultante prodigieuse d’un trimestre entier de recherche en polices de sacs à café-trop-cher. Juste avant de sortir de la boutique Nespresso, je me fais enfin cette réflexion qui aurait dû m’effleurer l’esprit plus tôt : vendre du crottin de bouc ou des boules Quiès usagées dans ce cadre si prétentieux produirait exactement la même émulation de la part des vendeurs du temple et des consommateurs. Et ils l'appellent "Grand cru"...
Le café, que je sache, n’est pas encore une denrée rare. Alors on se calme.
La prochaine fois, j’exige du Vivaldi en passant la porte du palais. Qu’on parfume ma tête. Et aussi un lavement de pieds.



21 sursaut(s) d'esprit critique:
Eh oui, ma pauvre amie, tu as ouvert les yeux sur la plus abjecte des cultures de notre temps...
Mais pourquoi en serait-il autrement ? C'est un cercle vicieux duquel on n'est pas près de sortir, sauf guerre mondiale, nucléaire ou atomique, bref un choc assez fort pour que les quelques survivants aient envie de revenir à des choses simples.
Le CQFD de base de la stratégie marketing est le suivant ) il y a une clientèle, donc un marché, donc du bénéfice à en tirer. Un marché s'occupe, sinon on se le fait piquer par les concurrents. Qui deviendraient plus forts et donc menaçants. Donc on occupe ce marché et on l'entretient.
Vivaldi... un autre moyen de détourner la conscience de la carte de crédit...
Comme tu as raison !!! ce n'est pourtant un produit de luxe qui est vanté ici...mais bel et bien du café !! mais ..que veux tu ..les lois du marketing sont impitoyables ....Coluche résumait tres bien celà à sa manière (les Inconnus aussi ) Ceci étant ...il est bien alléchant ton post !!
Excellent mon cher Hussard !!! Quand tout est dit autour d'un sujet il n'y a rien à ajouter...
Merci pour ta lucidité qui me fait tellement rire ! ça me donne presque envie de visiter cette boutique Nespresso comme on visite un zoo, pour voir la gueule de tous ces nouveaux riches frustrés.
Quel fric foutu en l'air tout ça quand même... Même si Nespresso a compris comment se faire du fric, ça ne m'inspire qu'un seul mot : "Ridicule".
Excellent mon cher Hussard !!! Quand tout est dit autour d'un sujet il n'y a plus grand-chose à ajouter...
Merci pour ta lucidité qui me fait tellement rire ! ça me donne presque envie de visiter cette boutique Nespresso comme on visite un zoo, pour voir la gueule de tous ces nouveaux riches frustrés.
Quel fric foutu en l'air tout ça quand même... Même si Nespresso a compris comment se faire du fric, ça ne m'inspire qu'un seul mot : "Ridicule".
Tiens Jean-Phi, pourquoi "allechant" ?
Je reconnais que Nespresso fait du bon café, mais tout le côté futile, luxe pour rien etc... c'est un peu navrant. cela dit, j'ai trouvé ça très drôle. si vous saviez, en plus, qui est X pour moi...
ah Ma Juliette... en même temps je suis certaine que cet endroit te plairait, toi qui aime tant l'avenue Montaigne...
Merci Guiom pour ces précisions arrivant tous droit de tes cours des dernières années. Un café de luxe pourquoi pas après tout ? mais là je trouve qu'on en fait un peu trop. j'ai le sentiment qu'ils se disent "plus c'est gros, plus ça va marcher". un peu comme qd on se prépare à mentir. genre "je n'étais pas là ce matin parce que ma mère est morte" ou "mon père s'est coupé un bras hier". ou encore "mon chat s'est inscrit au marathon".
Le marketing est une jolie forme de mensonge anyway. Depuis que je suis dedans, je trouve ça pas mal ludique.
Ah mon cher Hussard!!
C'est comme ça que je t'aime ;-))
De la verve, du panache, du style...
A l'occasion, j'aurais un truc à te dire... si ce message te parvient parce que j'ai déjà posté une ou deux fois, en vain
Bises
a tiens ??
appelle-moi un de ces quatre. ça a l'air bien mystérieux...
j'espère que tout va bien avec les élèves. je t'embrasse
Encore une fois, j'ai apprécié la lecture de ton blog :)
Yes, LE Florian ! un revenant... ça avance la recherche de taf après le stage ? et on se revoit quand ?
kiss
Grandiose ce post! J'étais justement en train de me demander si je n'aurais pas besoin d'un petit café!
Nespresso, ou comment le market arrive à faire croire à des beaufs qu'ils ont des goûts fins et raffinés... Très fort quand même... Très inquiétant aussi!
Mais je confesse humblement que c'est à Nespresso qu'incombe la (très lourde) tâche de me réveiller...
Je t'embrasse mon cher Hussard. J'espère te revoir bientôt!
Ps: j'aime bien le renvoi à "délit de lâcheté" sur notre cher ami Wikipédia pour les anonymes... Tu m'en voudras alors sûrement de me cacher derrière ce pseudonyme... Aller la prochaine fois promis tu sauras qui est-ce. A moins que tu ne le saches déjà non?
en fait LSK, ça ne concerne pas du tout ton genre d'anonymat mais juste celle qui ne signe pas du tout pour se permettre de dires des trucs méchants et de lancer des attaques personnelles un peu connes, raison également de la récente modération.
ne t'en fais pas.
et en fait je sais un peu près qui tu es, mais sans en être certaine.
allez un petit cadeau : un indice qui éclairera tout ! juste un mot ou deux ! un truc qui ne renverrait qu'à nous, je sais pas...
Qu'à nous? Humm... Je suis à la fois un fruit et une marque de maillot de bain alors.
Tes soupçons sont-ils confirmés?
là je dois avouer que ce n'est pas plus clair mais plutôt plus flou encore !
Kiwi te conviendrait mieux? (d'où le K...)
Là, vraiment, tu devrais trouver... Sinon je me dénonce totalement! So?
aaaaahhhhhhhhhh !!!!!
Kiwi !!!
c'est pas vrai !!!!!!!!!
non je ne pensais pas que c'était toi, c'est complètement dingue...
je suis trop trop contente que tu lises ce blog et que tu participes !
je suis ravie que ce soit toi. je ne pensais pas.
Merci cent fois. je t'aime cré fort !!!
Bonjour...
Pas mal votre article. Je vois que le café de riche fait jazer.
Cependant je m'aperçois que vous utilisez une photographie prise par mes soins et publiée sur mon blog.
Certe il est facile et aisé de piquer des photos à gauche et droite, mais je pense que deux mots pour me notifier votre article ou me demander si vous pouviez utiliser cette photo aurait été un brin plus diplomate et n'irriterais personne...
Un bel exemple du monde du copyright et des blogs.
Sans rancune, salutations.
Nicolas
je m'excuse pour cet emprunt sauvage !
je mets un point d'honneur à ne jamais regarder d'où viennent les images que je mets sur mon blog, pardonnez-moi. elles sont juste un petit support à réflexion. je n'avais même pas vu qu'elle venait d'un blog ! ça prouve que vous êtes très bien référencés sur la toile !
si vous le voulez je peux la retirer, mais laquelle est ce ?
bien à vous
Quand même de la bonne daube, le Nespresso, il faut le reconnaître... Mais il paraît qu'ils font grise mine quand on leur ramène les capsules usagées: leur récupération ne passerait pas par les boutiques chics que vous décrivez.
Reste que même au prix élevé de la capsule, ça reste moins cher qu'un café bistro... et en principe nettement meilleur.
Et puisqu'on parle de cafés, avez-vous goûté le Montagne Bleue?
Suis arrivée par hasard, en provenance de chez Daniel Fattore, et je ne regrette pas ma visite chez toi, car j'y ai beaucoup ri, pas mal appris, un peu réfléchi, bref, je note ton adresse dans mes tablettes pour y revenir bien vite.
Quand au café, article qui m'a fait éclater de rire tellement on s'y croit (suis allée à la boutique de Lille justement la semaine dernière !), je fais partie de ces pétasses qui boivent du café cher, désolé ! Mais l'as-tu goûté au moins ? Parce que même si je te donne raison quand au snobisme de l'affaire et au prix exhorbitant du jus, il est vraiment BON. Et moi qui ne buvais plus de café depuis des lustres, j'en rebois maintenant qu'on a LA machine...
Bon, je sais, on ne peut pas être parfait...
je sais qu'il est bon le café, X étant ma propre mère. j'ai donc l'occasion d'en goûter. mais ça reste du vol. ou plutôt du marketing.
merci de votre visite !
Enregistrer un commentaire