mardi, mai 06, 2008

La didactique du week-end (5)

- Ce week-end fut beau et ensoleillé, mais par dessus tout c'était le week-end où j'ai enfin revu Lespagnol, fidèle lecteur du blog, de visu. La première leçon que l'on peut tirer demeure dans le fait que les gens, même connus fugacement dans un train Bordeaux-Agen, ne changent pas. La première impression est souvent la bonne ; et ce soir de décembre 2007, elle fut la bonne.



(Conformément à ses propres vœux, Lespagnol n'apparaitra ici qu'avec ses lunettes de soleil. Mais c'est pour moi ce qui le rend charmant et énigmatique)



- J'ai appris, par son ancien guitariste (sur ces deux premiers albums) avec lequel nous avons pris un verre à Pujols (Lot-et-Garonne) que Jacques Dutronc avait possédé un léopard vers 1966-1967. J'ai trouvé cette acquisition formidable et digne d'Une Vieille Maîtresse de Barbey d'Aurevilly. J'ai toujours pensé que Dutronc était un dandy excentrique, ne serait-ce que parce qu'il vit à présent en Corse seul avec sa compagnie de chats.




- J'ai une nouvelle fois fait le constat (tous les dix ans je fais le même, quoiqu'à seize ans j'étais moins aigrie), en fréquentant les kiosques à journaux de gares, que mai 68 était une farce totale. On a l'impression que ça ne parle qu'aux journalistes. 1) parce qu'ils vivent dans le mythe d'un micro évènement ridicule dont seuls les gens de gauche tirent un parti digne du Pont d'Arcole et 2) parce que ça fait vendre (les gens de gauche étant en manque de romantisme, je leur conseille plutôt de regretter les plus grandes heures de l'Action Française à travers les écrits de Léon Daudet).

Le pire, c'est le hors-série (hors-sujet) de Rock'n Folk. Rock'n Fock, ou le magasine ringard et vieillissant qui flatte uniquement ce qui a des rides et n'arrive pas à passer le cap de l'année 1970. Pour Rock'n Folk, John Lennon vient de se marier avec Yoko, Bob Marley commence à faire parler de lui et Clapton est le plus grand. Quant à Dylan, c'est Dieu. Et Gainsbourg prépare son premier album concept. Qui est réac alors ? Qui pour paraître dans le coup parle parfois d'électro ou de rap, on ne sait pourquoi puisque ce magazine n'aime que les Stones. Tous ces journalistes de R'n F ne sont qu'un ramassis de vieux connards embourgeoisés qui sont hyper fiers d'avoir pris de l'acide dans des squats de Nanterre en 68 et ne s'en remettent pas d'avoir fait le mur, si bien qu'ils nous sortent un hors série qui ne concernent que leurs petits nombrils et n'a rien de rock. Ni de folk au sens large d'ailleurs. J'ai lu quelque par dans ce numéro hors-sujet un syllogisme douteux et risible du genre "le rock est subversif et la gauche est subversive donc le rock est de gauche" (?). Ah, ah ! Laissez-moi rire doucement (et c'est le cas de le dire pour coller à mon libellé), la gauche subversive ? ça se saurait et c'est là son plus gros complexe d'ailleurs. Elle est plutôt chiante, convenue et extrêmement prévisible si vous voulez mon avis. Mais ça n'engage que moi. Avec cette dernière confession, j'ai d'ailleurs résumé habilement ce que je pense que ce carnaval de mai 68 qu'on ne m'a jamais appris à vénérer chez mes parents qu'au second degré lors de blagues acerbes de fins de repas dominicaux (genre "si tu continues comme ça à te faire pousser les cheveux, tu vas virer à gauche, fais gaffe"). C'est là le problème des familles vieille France dont j'ai décrit l'ordinaire linguistique ici même (cliquez, diantre !) si vous avez bonne mémoire. Et j'avais aussi, l'an passé, consacré d'ailleurs un petit texte à la seule chose de positive que m'évoque ce micro évènement puant, parisien et grandiloquent et je vous laisse le soin de le relire ici (cliquez, diantre !). Halte au sketche.

(Hussard_82 et le chanteur de rue à Pujols)

- J'ai appris à écouter les chanteurs de rue et à apprécier les lieux morts et sacrés (je pense à cette petite église superbe avec les démons à deux corps sur les chapiteaux que nous avons visité avec Lespagnol, sur la route entre Ligardes et Condom).


(Le démon à deux corps immortalisé par Lespagnol)


- J'ai redécouvert un petit peu Stephan Eicher grâce à ce même jeune homme, sur les routes du Lot-et-Garonne et je pense que je vais m'acheter son "greatest hits" qui s'appelle Hotels. J'ai aimé ce que m'a dit Lespagnol sur la vie, les habitudes et la personnalité de ce chanteur. Je dois creuser. "Oh ironie" me fait pleurer.






- Enfin, hier (mais ce n'était plus tellement le week-end), j'ai déjeuné avec Richard Dewitte, le chanteur du groupe Il Etait Une fois dont j'ai déjà parlé sur ce blog, ici (cliquez, diantre !) notamment. Je travaille à côté du cimetière du Montparnasse, où Joëlle Mogensen (la chanteuse d'IEUF) est enterrée. Cela a donné l'occasion à Richard d'aller se recueillir sur la tombe de Joëlle. Il m'a soufflé qu'il était le seul membre du groupe à y aller. Même Serge Koolen, guitariste et parolier, qui a pourtant partagé la vie de la chanteuse, n'y va pas. J'aime toujours énormément Richard. Je suis heureuse pour lui parce qu'il a la pêche et sa tournée "Age tendre" avec Nostalgie le comble vraiment. En revanche, j'ai du mal à comprendre pourquoi Patrick Sébastien l'évince des plateaux de télé pour faire chanter à deux jeunes niais "J'ai encore rêvé d'elle" à sa place. Il en reste le compositeur et l'éternel ménestrel. Je sais qu'il n'est pas normal pour une jeune femme de 26 ans (Richard Dewitte dit que physiquement je fais moins) d'aimer Il Etait Une Fois et tout ce qui vieilli mal d'une façon générale, mais c'est ainsi ; et sans doute la raison pour laquelle je vais vieillir seule. Vieillir mal.

- J'ai enfin compris que je préfère de toute façon la solitude vestale à l'ennui conjugal. Ce n'est qu'une bien maigre consolation mais pour le moment ça me suffit. Je n'ai pas le choix. C'est l'essence contradictoire de la liberté.

12 sursaut(s) d'esprit critique:

Christophe a dit…

lol pour Rock&Folk. j'aime beaucoup ce magazine mais je ne savais pas qu'ils avaient sorti un hors-sére 68. Effectivement c'est débile. Mais il y a des réac patentés dans leur équipe, notamment parmi leurs meilleures plumes, Nicolas Ungemuth par exemple qui écrit aussi au Figaro magazine. On peut critiquer R&F mais au moins il reste une poignée de chroniqueurs avec du style et en France, la concurrence fait quand même pâle figure. A moins d'aimer la branchitude bobo-gaucho façon Inrocks...

sinon pour Joelle, j'écoute en ce moment même un duo avec Joe Dassin, Le jardin du Luxembourg. c'es sublime, la meilleure chanson de Joe Dassin à mon avis, si vous ne connaissez pas, téléchargez toutes affaires cessantes

Rubia loca a dit…

Et une superbe interview réalisée et traduite par mes soins entre Michel Bulteau et Eliott Murphy, c'est quand même mémorable, non ? Je me la joue, mais comme tu as critiqué le magazine assez jsutement, ce n'est qu'une demie vantardise.

Anonyme a dit…

"J'ai enfin compris que je préfère de toute façon la solitude vestale à l'ennui conjugal. Ce n'est qu'une bien maigre consolation mais pour le moment ça me suffit. Je n'ai pas le choix. C'est l'essence contradictoire de la liberté."

Non mais la grosse rigolade oui vous voulez dire chère Amazone !!!!
Vous allez bien vous trouver un poète sabraque, un hombre cojonudo comme-il-faut, avec poils sous le tarin (et oui, il faut assumer sa pilophilie jusqu'au bout!) et haut en couleurs et sentiments ! Va bien falloir donner dans la vie dans le vif. Le couple c'est quand même la plus drôlatique, la plus terrifiante et la plus excitante aventure qu'il soit, à portée de coeur (voir l'excellent Chardonne à ce sujet).

Et en plus la France compte sur vous pour repeupler le Gers et le Massif Central, alors c'est pas le moment de s'effacer derrière des considérations romantiques! ; )

Il n'y a d'ailleurs que 26 à votre horloge. Et le temps est long, le temps est grand pour vous scier en plein votre statue de Vestale ! Allons allons, rentrez-moi le costume de Vestale et Pythie. Restez Amazone et gardez vos deux seins (oui, parfois il est bon de ne pas se plier aux usages de sa race) et tout se passera bien.

Revenons au réel : "Etre seule c'est être mal accompagnée".

Quant au fait d'enterrer sa liberté pour se mettre sous le joug du duo, du couple, il n'y a pas à dire, il a plus que du vrai. Et c'est le tiraillement du moi... Moi tout seul ou Moi mélangé, dissous dans l'autre ?

Sur ces considérations qui n'en sont pas, je vous laisse non sans vous crier :

Salsa & Chipirones, siempre !!!

Lespagnol

Anonyme a dit…

Mai 68 ?

... mais c'est quoi ? Jamais entendu parler ?
Surement veut-on évoquer la mort de Chardonne, surement...

lespagnol

Anonyme a dit…

Rubia Loca en attachée de presse, on savait; mais Rubia Loca en journaliste, et qui plus est à R&F, et bien çà alors !!!

Lespagnol

nb : qu'en est-ce que le blog des merveilles réouvre ? ; )

Thierry Marignac a dit…

Je retiens Leon Daudet, puisque je ne me permettrai jamais d'intervenir dans l'amertume privee d'une jeune femme, et son voeu de chastete, semble-t-il provisoire tout de meme. Vous savez surement aue Leon Daudet apres avoir ete incarcere a la Sante, dans les complications judiciaires qui avaient la mort mystereuse de son fils, a ete libere sur un coup defil des Camelots du Roi, qui 'etait fait passer pour le ministere de la Justice. C'est une de mes histoires preferees...

Hussard 82 a dit…

Pour Christophe : déjà, il faut que je vous dise. j'écoute beaucoup Bébé Requin en ce moment. J'aime cette petite voix juvénile et enjouée. Ensuite je sais qu'ils ne sont pas tous pourris à R n f. j'ai été abonnée de 1997 à 1999. Ils m'ont aidé à me faire une bonne culture rock. Bizarrement je suis presque en train de préférer les Inrocks en ce moment parce qu'ils permettent de découvrir plein de chose, détachée bien sûr de toute considération Bobo. et je me dois carrément d'écouter le duo Joëlle/Joe Dassin. Quant à Richard, je suis certaine qu'il vous plairait. C'est un monsieur fondamentalement positif. Sa seule gloire et pas des moindres est de passer inaperçue partout et d'entendre "j'ai encore rêvé d'elle" au supermarché, en se laissant le plaisir de ne jamais en parler à la commerçante avec laquelle il est en train de discuter au moment T. Ce qu'il préfère : les gens qui chantent cette chanson sur la musique devant lui.

Rubia, orgueil pardonné. Ramène-moi ta traduction ! décidément tu as toute les vertues.

Quant au bavard Lespagnol, j'adore parce qu'il sait toujours comment me remonter le moral."la morale", comme dit l'Ibére, dont j'ai déjà parlé sur ce blog et qui confond dans sa langue française la raison pratique de Kant avec la théorie des nevroses de Freud, malgré de brillantes études de philo deleuziennes. J'ai pas le moral ni la morale à zéro je vous rassure. Je suis juste perplexe. Lol pour Chardonne, que je dois lire. Je ne suis pas aussi virulente que ça sur mai 68, mais en comparaison avec le baptême de Clovis ou la bataille de Gergovie, ça reste bien un micro évènement.

TM j'adore votre retenue. de passage en France, votre mission est bien de contacter Rubia pour que l'on se trouve un moment afin de prendre un verre avec elle. J'aime beaucoup cette anecdote sur Léon Daudet. Les Camelots du Roy c'est la classe grave.

rubia loca a dit…

Vous êtes à Paris et vous me le cachez ? J'espère vous voir bientôt.

Quant à toi, H82, je suis plutôt d'accord avec l'Espagnol : tu as 26 ans et c'est plutôt jeune donc stop au romantisme de vestale fallacieux !

Hussard 82 a dit…

je voulais dire "qd vous serez de passage en france". je ne me rappelle plus qd notre ami traverse l'Atlantique.

non non je ne suis pas si malheureuse promis Rubia.

Thierry Marignac a dit…

Non, je suis a Boulder Colorado, entoure de montagnes tres romantiques, dans un air rarefie, un grand silence, et tout ca est tres reposant, apres la Ville Noire et les torrents de paroles, les cris, etc. Des que je reviens (bientot) je vous fais signe. Mes amis de Boulder, qui parlent francais, sont extremememnt jaloux, pour l'epouse du succes de Hussard aupres de tous ces ravissants, pour le mari, de vos reponses a mes commentaires.

Hussard 82 a dit…

Demandez donc mon mail à Rubia Locace. J'aime lorsque vous me parler ainsi. J'adore l'idée de la jalousie parce qu'en couple (oui ça m'arrive parfois malgré mon office pseudo permanent de chaste Cariatide ) je l'ignore totalement. et je deviens cocue en moins de deux.

Et pour croitre toujours votre orgueil, aujourd'hui sur la pelouse de l'avenue de Breteuil dans le 7e arrondissement, Hussard_82 a parlé de vous et de vos livres avec une jolie jeune fille bien informée et qui vous plairait, ne serait-ce que parce qu'elle est désabusée de l'AF et qu'elle écoute de la musique baroque. ça a parlé du dernier de Lapaque également, de la vanité démocrate et de Bernanos. Des circonstances fâcheuses de la mort de Pasolini. De mon prochain pélé de Chartres ce week-end, sous les auspices de ce qui ne meurt jamais et ne sert plus à rien.

Anyway, nous ne nous sommes nichés jusqu'en cette vie frugale que pour savourer l'alcool de la chute, vous ne croyez pas ?

Thierry Marignac a dit…

Mon amie T née à Pétersbourg mais vivant à Boulder, est une jalouse professionnelle de tout ce qu'elle n'a pas : la jeunesse, des soupirants, des yeux verts. Mon copain T, son mari, né à Boulder, est comme moi sur le retour d'âge et il est partagé entre le démon de midi et sa retenue obligatoire de papa d'une jeune fille. Des histoires de vieux cons.

En dépit de ma légende extrême-droite, je l'ai peu fréquentée (AF connait pas), parce que la politique m'emmerde. Ce que j'ai peut-être c'est plutôt du goût pour les auteurs anars de droite qui écrivent souvent plus juste que les autres.
Je n'ai pas lu Bernanos, mais Philippe Soupault, mon surréaliste préféré, en dit beaucoup de bien, comme individu, dans "Profils perdus" un bijou où apparaissent aussi Apollinaire, Blaise Cendrars, et René Crevel. J'ai entendu parler de Lapaque bien sûr, je crois même que c'est lui qui a écrit sur mon copain Carl Watson, traduit par mézigue, que je vous recommande ("Sous l'empire des oiseaux" éditions Vagabonde).
Le goût du déclin (l'alcool de la chute) fait partie de l'héritage culturel auquel vous faisiez allusion, mais il faut rechercher la force, la jeunesse, l'énergie.